
Nos projets
Le trajet direct des Canaries à l'archipel du Cap-Vert représenterait près de 6 jours de navigation. Nous préfèrerons le couper en 2 étapes, chacune de 3 jours, en faisant escale à Nouadhibou, en Mauritanie.
Outre le confort du voyage, l'avantage de ce choix est de fournir l'occasion de visiter le Banc d'Arguin, situé tout au nord du pays, à proximité immédiate de Nouadhibou.
Le Banc d'Arguin est une vaste zone de bancs de sable et de hauts-fonds, peu cartographiée et dangeureuse pour la navigation. Il est bien connu en France pour avoir été le théâtre du naufrage dramatique de la frégate La Méduse, en 1816.
C'est un lieu d'interpénétration de l'océan et du désert, refuge d'un grand nombre d'espèces marines et d'oiseaux, et, à ce titre devenu un parc national (Parc National du Banc d'Arguin). Il est aussi habité par une population aux origines berbères, les Imraguens, qui vivent modestement de la pêche par des méthodes traditionnelles, et sont un peu marginalisés au sein de la communauté mauritanienne.
J'ai pris contact avec le référent du PNBA (le Parc), par téléphone et whatsapp, et posé des jalons pour programmer une visite.
05 novembre : nous quittons le port de La Estaca, à Hierro, en tout début d'après-midi. Pour les 3 jours à venir, le vent de nord/nord-est s'annonce assez fort et régulier, ce qui laisse présager une traversée agréable au portant.
En effet, nous naviguerons constamment sous génois seul, et nous n'aurons recours au moteur qu'une douzaine d'heures. La houle est conforme à ce qu'on peut attendre ici dans ces conditions de vent, entre 2 m et 2,5 m le plus souvent.


Aléas de navigation
La seule difficulté se présente à l'approche de notre destination, au matin du troisième jour : des haut-fonds pas toujours cartographiés peuvent se rencontrer très loin du trait de côte.
Aussi j'ai fait mes calculs pour une approche de jour, en me tenant de toutes façons assez au large. Malgrè cela, nous avons quelques sueurs froides dès la fin de nuit, quand le sondeur nous indique des profondeurs inférieures à 2m !
Tout bien analysé, je comprends au bout d'un moment qu'il s'agit probablement d'échos fantômes, dûs à des algues, des bancs de poissons, ou même des courants de températures différentes... J'ai justement remarqué que la sonde affichant la température de l'eau de mer affiche maintenant moins de 13 degrés!
En fin de matinée, nous doublons au moteur la pointe du Cap Blanc, et ses hauts-fonds que nous débordons largement, et nous commençons la remontée du Chenal du Lévrier.
C'est un long slalom contre le vent, entre bancs de sable et cargos dans leurs zones de mouillage, tout en surveillant les bateaux faisant route.
Incertitudes de communication
J'appelle les autorités par VHF sur le 16...
Aucune réponse.
A l'approche du port, nous traversons l'immense cimetière flottant de chalutiers. Vision impressionnante et un peu morne, malgrè le ballet incessant des pirogues de tout type qui circulent entre ces carcasses rouillées...

... Vers 16h, nous approchons du quai de la marine nationale, où, d'après mes renseignements (sur l'appli Navily) nous allons pouvoir jeter l'ancre. Effectivement, un zodiac vient à notre rencontre. Ce sont les Gardes-Côtes, qui nous demandent de les suivre, et peu de temps après, nous mouillons à l'endroit qu'ils nous indiquent.
Ils nous abordent ensuite, et l'un d'eux nous demande la permission de monter à bord, et visite l'intérieur du voilier avec curiosité et grand plaisir, semble-t-il.
Ce ne sont que des exécutants, leurs propos sont incertains, et leur français approximatif, mais il semble d'après ce qu'ils nous disent, que nous devrions pouvoir faire les formalités le lendemain, dimanche matin.
En échange d'une tablette de chocolat, ils nous offrent 4 magnifiques daurades!
Après leur départ, mon premier souci est de donner des nouvelles à nos filles en France, sachant que nous avons eu la déconvenue de constater que nos abonnements téléphoniques prépayés ne fonctionnent pas !
Heureusement, il me reste la possibilité d'utiliser le téléphone satellite. La liaison s'établit sans problème, et nous pouvons donc rassurer nos proches sur notre "bonne arrivée". Après cela, nous pouvons nous détendre : banquet royal de poissons, accompagné d'un petit vin de La Gomera, et repos bien mérité !

Démélés avec les autorités
Le lendemain, nos gardes-côtes reviennent en compagnie de 2 gradés. L'un des deux nous tient un discours aigre-doux, en nous reprochant notamment de ne pas avoir averti 3 jours avant de notre arrivée au port (c'est la première fois que j'entends parler d'une telle disposition)!
Finalement, ils nous emmènent à terre à bord de leur zodiac, en traversant le port artisanal encombré de pirogues, jusqu'au bureau de Police.
Accueil chaleureux des subalternes, mais leur supérieur semble beaucoup plus froid et distant... Nous présentons nos papiers, expliquons nos intentions (visite du PNBA), et sollicitons donc des visas. Là les choses se compliquent...
Appel téléphonique du supérieur direct : parti en week-end. Nouvel appel plus haut dans la hiérarchie... Après moult tergiversations, nous apprenons que nous aurions dû faire une demande de visa électronique. Pour ma part, j'avais jugé cela inutile, sur la foi du site du Ministère des Affaires Etrangères (Français), qui semblait conseiller aux (rares) navigateurs débarquant à Nouadhibou de ne prendre le visa qu'à l'arrivée!
Il nous faudrait maintenant repasser par l'étape du visa en ligne, ce qui demanderait 5 ou 6 jours au moins !


En résidence surveillée
Avant de regagner notre bord, nous serons autorisés à faire quelques achats de première nécessité, escortés par un homme en uniforme. Je précise que nous avons besoin de cartes SIM pour nos téléphones : impossible, car la boutique officielle est fermée le dimanche, et nous demanderait de toutes façons des visas en règle!
Nous comprenons que nous allons être consignés sur le bateau, sans visas, et sans l'usage de nos téléphones !... Nous avons pu au moins changer quelques euros pour des ouguiyas, et acheter des légumes.
En nous déposant à bord, un des 2 gardes-côtes me dit qu'il peut nous trouver 2 cartes SIM (au marché informel, certainement), et j'accepte bien sûr sa proposition. Grâce à lui (et quelques ouguiyas), nos téléphones sont opérationnels dès la fin de journée, et son supérieur nous offrira même le lendemain les recharges de forfait gratuitement!
Ils nous proposent aussi de faire des courses pour nous, il nous suffira de leur fournir la liste détaillée.
Renoncement
Il nous reste maintenant à revoir notre programme.
Le consul, et le référent du PNBA n'ont rien pu faire pour nous. Il nous faut donc renoncer à l'idée de débarquer pour visiter le Banc d'Arguin, ce qui est vraiment un très grand regret pour nous...
Nous allons donc rester ici, consignés à bord, dans l'attente de la prochaine fenêtre favorable pour la traversée vers le Cap-Vert, et c'est là que la connexion internet m'est bien utile, pour analyser en détail les prévisions météo.
Le départ est donc fixé au jeudi 13, et j'en avertis bien sûr les autorités. On me répond qu'il n'y a aucun problème, qu'il suffira de prévenir au moment du départ.
En attendant, nous avons toute latitude pour nous reposer, lire, cuisiner, trier nos photos, etc..., ou simplement regarder les environs...
Tous les matins, un pélican se pose à proximité du bateau, et le spectacle des mouvements incessants des pirogues autour de nous est divertissant. Nous avons souvent droit à de petits signes amicaux, et un pêcheur s'arrète même un matin pour nous offrir une magnifique bonite!

Au mouillage à Nouadibhou

13 novembre : nous levons l'ancre vers 8h, et manoeuvrons pour prendre le chenal. Il nous faut passer devant la barge des garde-côtes, qui ne manquent pas de nous stopper au passage. Appel téléphonique au supérieur, vérification. Nous avons le feu vert, ce qu'ils nous font savoir par signe.
Calmes
Descente du chenal, et nous atteignons le large sur une mer d'huile. Effectivement, il est prévu une journée de calme, avant que le vent ne se lève progressivement.
La mer plate se prête bien à l'observation des dauphins, nombreux dans ce secteur, où ils doivent trouver une abondance de poissons, et nous ne boudons pas notre plaisir!
Mais qui dit poissons, dit pêcheurs, et il nous faut être vigilants, surtout à la nuit tombée. Nous rencontrons des filets dérivants, juste signalés par de faibles lueurs clignotantes au ras de l'eau, et je juge plus prudent de les contourner.
La suite est sans histoire, mais le vent ne se lève véritablement qu'après 2 jours. Nous arrivons à Sal, première île du Cap-Vert, vers midi le 16 novembre .
A Palmeira, après quelques recherches et essais de mouillage peu concluants, nous avons la chance de trouver un corps-mort (5€ la nuit), proche de la plage. Nous sommes prêts pour débarquer et visiter l'île!

Vidéos (passer en plein écran, retour par "échap")
Vidéo- Traversée vers Nouadibhou
Vidéo- Cimetière des chalutiers
Vidéo- Dauphins au crépuscule
Vidéo- Dauphin joyeux
Tranquille!
Nous n'avons plus beaucoup de temps maintenant, aussi nous ne visiterons que la partie nord de l'archipel, d'est en ouest. Nous faisons donc notre entrée à Sal.
Ici, pas de marina ni de ponton, il faut mouiller dans la rade devant le port.
Celui-ci se résume à un quai où s'amarrent le cargo de ravitaillement, et un petit débarcadère pour les pêcheurs. L'activité de la petite ville se concentre au port de pêche. Peu de commerces, et un seul restaurant ouvert le soir de notre arrivée...
Les formalités d'entrée sont très simples et faciles, au poste de police, où tout le monde est accueillant.
Les formalités effectuées, nous traverserons l'île depuis Palmeira jusqu'à la capitale Los Espargos, puis jusqu'à Santa Maria, tout au sud, en aluguer (taxi collectif).
Ces véhicules (Toyota Hiace le plus souvent) assurent des liaisons régulières, le principe étant qu'ils ne démarrent que lorsqu'ils sont au complet. Ils constituent un moyen de transport commode et très économique.
Nous apprécions particulièrement un mode de vie qui semble paisible, et tous nos contacts avec les gens du coin sont empreints d'une ambiance bienveillante et tranquille... D'ailleurs, "tranquille", c'est le mot d'ordre local!

Entrée au Cap-Vert : île de Sal
Vidéos (passer en plein écran, retour par "échap")
Vidéo- Mouillage dans les alizés
Vidéo- Quai des pêcheurs
Vidéo- Déplacement en "aluguer"

19 novembre : j'ai la surprise le matin de trouver notre gréement couvert de poussière rouge, du côté exposé à l'est : il s'agit de sable du Sahara transporté par les alizés...
Nous allons partir aujourd'hui pour Tarrafal, sur l'île de São Nicolau, ce qui représente une navigation de 90 milles. Nous quittons donc Palmeira en fin d'après-midi, pour arriver le lendemain matin .
Bon vent, navigation au portant sous génois seul.
Le 20, nous mouillons vers 10h30 dans la rade de Tarrafal, sous le Monte Gordo, point culminant de l'île.
Emplois jeunes
Débarquement sur la plage de sable noir, sur laquelle il faut remonter à sec l'annexe et son moteur, ce qui représente plus de 50 kg. Heureusement les jeunes locaux sont là pour nous aider, et ce service vaut bien les 200 escudos (2 euros) que nous leur donnons.
Nous rencontrons Ruslan, immense du haut de ses 20 ans :) , qui nous fait une offre pour une visite de l'intérieur: affaire conclue.
Nous partons donc le lendemain en sa compagnie, dans le taxi qu'il nous a procuré, à la découverte des paysages de l'île : très aride dans l'ensemble et sur tous les versants sud, et par contraste, verdoyante sur le versant nord du Monte Gordo.
Ascension de ce dernier, visite du village de Cachaço au retour.

Tarrafal, et São Nicolau
Ayant observé les rappels brutaux sur l'étrave, je vais me rendre compte avec masque et palmes, et je constate que, comme je le craignais, notre chaine est engagée sous une roche. Il nous faut près d'une heure de manoeuvres diverse, la veille de notre départ, pour parvenir à nous dégager. Il nous suffit ensuite de raccourcir un peu le mouillage pour être sûrs que cette mésaventure ne se reproduira pas.
Vers Mindelo
23 novembre: départ pour notre dernière étape au Cap-Vert, au lever du jour.
Navigation au portant dans l'alizé. Nous doublons l'île sauvage de Santa Luzia, puis abordons la côte nord de São Vicente, que nous contournons, jusqu'à la baie de Mindelo.(carte)
Là se trouve notre destination, la seule marina de l'archipel du Cap-Vert. Nous nous présentons vers 15h, et on nous met en attente, car c'est le pic d'affluence. Je ne pourrai finalement pas me ravitailler en carburant comme je le souhaitais, car la station va fermer. Ce sera pour plus tard.
On nous guide vers notre poste, où nous sommes amarrés vers 15h45.
Nous resterons ici une bonne semaine, le temps de nous préparer pour la grande traversée prévue début décembre, et de visiter la ville.
Nous faisons même une escapade en ferry jusqu'à l'ile voisine de Santa Antão: dès la descente du ferry à Porto Novo, nous prenons un aluguer qui nous emmène au Cratère de Cova, à 1300 m d'altitude. De là, spectaculaire descente à pied de toute la Vale do Paul, jusqu'à la mer. Retour en aluguer, nuit à Porto Novo, et ferry le lendemain.


Marina de Mindelo, hors normes!
La marina de Mindelo se distingue de toutes celles que nous avons connues jusqu'à présent.
Premièrement, bien que la rade constitue un abri splendide, les pontons dansent dans un ressac constant et très fort, si bien que la vigilance s'impose dans tout déplacement à pied pour maintenir son équilibre.
En dehors de cette donnée physique, ce qui qui est vraiment remarquable, c'est que presque tous les bateaux sont habités. Tous ces voiliers occupés s'apprêtent bien sûr à traverser l'Atlantique.
Il en résulte une sorte d'agitation générale fébrile, et l'on croise souvent des chariots aux chargements divers : bidons de carburant supplémentaires acheminés et stockés sur les ponts, où ils sont alignés le long des filières; ou tas de bonbonnes d'eau et de vivres...
Sur de nombreux bateaux, des travaux de dernière minute sont réalisés : remplacement d'un étai, pose d'un hydrogénérateur, changement des batteries, ...
Au milieu de tout ça, les enfants des familles parties en année sabbatique forment des troupes qui courent constamment sur les pontons, et se rassemblent pour jouer... Sans oublier de nombreux jeunes, souvent par couple, passant de bateau en bateau à la recherche d'un embarquement pour les Antilles...
Préparatifs
Pour ce qui nous concerne, les préparatifs vont se limiter à un petit déplacement au poste à carburant pour faire le plein du réservoir (450 L, donc pas de bidons supplémentaires pour nous, j'estime cela inutile), et à la révision ordinaire du moteur (par les mécano de BOATCV, l'entreprise de services de référence ici).
Il nous reste à accueillir les équipiers qui vont m'accompagner pour la traversée : Turca, qui arrive le 27, et Marion le 29. Il nous est maintenant plus facile de compléter l'avitaillement : bouteilles d'eau, et vivres. Pour cela, nous devons faire la tournée des 4 ou 5 tous petits supermarchés à proximité : aucun n'est à lui seul suffisament achalandé pour tous les articles, et les packs de bouteilles d'eau ne sont même disponibles que chez un grossiste !
Mindelo
Randonnée à Santo Antão
Avitaillement du bateau

Dimanche 30 novembre : Catherine repart vers la France aujourd'hui. Vers midi, nous l'accompagnons avec Marion jusqu'au taxi qui l'emmène à l'aéroport...
Je fais le plein d'eau (réservoir de 320 L), je procède aux dernières vérification...
Petite déception
Tout va bien, mais je suis quand même contrarié sur un point: mes derniers essais sur le téléphone satellite ne m'ont pas permis de régler le problème que j'avais détecté dès la remise en service de mon abonnement, fin octobre. Si le téléphone fonctionne parfaitement en phonique (c'est quand même l'essentiel), la liaison avec mon PC est défaillante.
Comme je l'ai déjà dit, j'avais fait paramétrer cette liaison en juin, et tout marchait parfaitement. Il semble que certaines données de paramétrages aient été perdues ou modifiées, sans que je puisse tout rétablir.
En résumé, l'échange des mail sera impossible. Même si ces mail transmis par le réseau Iridium sont limités en taille, ils permettent de fournir plus de détails en donnant des nouvelles, et aussi de faire des requètes de fichiers météo. On recoit ces derniers (très compressés) par le même canal.
Pas de fichiers météo donc pendant la traversée, mais je n'en suis pas inquiet, car la navigation au portant dans les alizés exclut toute mauvaise surprise.
Grande satisfaction
Il me reste à consulter ici au port les prévisions: assez fiables pour la première semaine, et bonnes: vent soutenu de Nord-Est.
Ensuite, pour la deuxième semaine, les prévisions doivent être considérées comme des tendances. Le vent tourne plus à l'Est, comme il est de règle dans la deuxième partie du parcours, et sa force est moins certaine.
Dans l'ensemble, ces prévisions nous permettent d'envisager une traversée assez rapide, et nous pourrons donc partir confiants.
La destination de notre traversée, qui débutera le 01 décembre, est la Martinique, plus précisément le port du Marin, au sud de l'île. J'ai réservé depuis longtemps mon séjour dans ce port, pour une arrivée prévue à partir du 15 décembre.
Le trajet en route directe représente 2080 milles, que je pense effectuer en 15 à 18 jours, la durée la plus longue correspondant à une vitesse voisine de 5 noeuds, et à une arrivée le 19 décembre au matin.
Marion, du fait de ses impératifs professionnels, a dû réserver un vol-retour pour le 19 au soir. On voit donc que je préfèrerais ne pas dépasser cette durée de 18 jours, ce qui veut dire maintenir au moins cette fameuse vitesse moyenne de 5 noeuds. Et 5 noeuds de moyenne, cela correspond à 120 milles par jour...
A partir des fichiers météo, j'ai fait un routage informatique (crédible sur le début), qui annonce une durée de traversée entre 15 et 16 jours. Nous verrons ce qu'il en sera...
Voici ci-dessous un petit journal de la traversée:

01/12. Péripétie en larguant les amarres: pendille prise dans le propulseur d'étrave. Quelques manoeuvres pour se dégager. Départ sous un ciel gris bouché, quelques ondées. Dans le détroit entre São Vicente et Santo Antão, le vent nous prend, et nous partons sous génois seul, à bonne vitesse.
Calmes en début d'après-midi, dans le dévent au sud de Santo Antão: 2 heures de moteur, avant de retrouver un vent soutenu. Avant la nuit, nous organisons les quarts. (voir ici)
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02/12. Toujours un vent de Nord-Est force 4 à 5, nous maintenons une vitesse supérieure à 6 noeuds, sous génois seul (à cette allure proche du vent arrière, la grand-voile n'apporterait rien, car elle déventerait le génois). J'ai décidé de noter chaque jour à la même heure (9h30, heure de Mindelo) notre position sur la carte papier, sur laquelle j'ai aussi tracé la route directe (route orthodromique).
Pour les premières 24h, nous avons progressé de 149 milles vers notre destination, ce qui est très bien!
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03/12. Toujours bon vent et bonne vitesse. Temps franchement dégagé et ensoleillé maintenant.
138 milles de plus depuis hier, cela reste supérieur au minimum souhaitable (120 milles).
Marion, sujette au mal de mer le premier jour (prévisible, car elle n'était pas amarinée du tout) s'est maintenant parfaitement rétablie. Elle assurera parfaitement jusqu'au bout.
Vers 15h, nous appelons Catherine sur Iridium. Elle est soulagée et heureuse de voir que tout va bien pour nous.
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04/12. Même vent, même vitesse, même beau temps.
141 milles de plus. Le rythme de vie s'installe: café du matin pour se réveiller, un peu de toilette, lecture des dernières nouvelles (nous avons un stock de journaux). L'après-midi, sieste éventuelle, lecture, bricolages divers... La cuisine est aussi une occupation, malgré ses limites...(voir nos menus ici)
Nous ramassons de plus en plus de poissons-volants sur le pont.
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05/12. Toujours de bonnes conditions, et une bonne vitesse. Par contre, nous avons essuyé nos premiers grains, très tôt aujourd'hui, de nuit: fortes rafales, suivies de pluie, puis calmes, le tout sur une heure environ. Au bilan, 150 milles de plus vers le but. Même organisation de quarts depuis le début.
Pendant les veilles, sous la pleine lune en ce moment, peu de rencontres à craindre avec d'autres navires. L'océan est désert autour de nous, tout au moins dans les 20 milles de rayon de portée de l'AIS.
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06/12. Le vent tourne de plus en plus à l'Est Nord-Est, ce qui va nous obliger, pour garder de l'efficacité à la voile, à faire des empannages successifs, alors que avions toujours navigué tribord amures jusqu'ici.
Encore 132 milles de plus, nous sommes maintenant très à l'ouest de Mindelo, et nous retardons nos montres d'une heure, pour ne pas nous retrouver trop décalés par rapport au soleil (en l'absence de réseau, les téléphones ne changent pas l'heure affichée). Deuxième appel vers Catherine sur l'Iridium, ce matin. Conversation empreinte d'urgence et d'émotion, avec moi, et ensuite Marion.
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07/12. Un grain à 2 h du matin, et il a fallu faire un peu de moteur (1h30) dans le calme qui a suivi.
125 milles de plus, notre vitesse a tendance à baisser. Essai de grand-voile et génois en ciseaux. Peu concluant, car les gites et contre-gites obligent à corriger le cap sans arrêt. Nous affalons donc la GV.
Turca qui redoutait un peu l'ennui est en fait très occupé: en plus de la lecture (malheureusement son exemplaire du "Rouge et le Noir" est parti à la mer dans un coup de gite!), et quand il ne joue pas de son ukulélé, il faut encore qu'il rédige son journal chaque jour...
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08/12. 116 milles depuis hier. Le vent est maintenant franchement d'Est, force 4, et notre vitesse de dépasse plus 5 noeuds. Turca en profite pour s'essayer à la pêche à la traine (qui ne donnera rien, pas de chance...). Nous essayons de tangonner le génois, pour qu'il porte mieux.
Dans l'après-midi, le vent remonte, et la vitesse s'améliore, jusqu'à dépasser 6 noeuds.
Nouvel appel vers Catherine sur l'Iridium, vers 16h.
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09/12. 125 milles de plus. Après notre navigation babord amures depuis hier, nous sommes revenus vers la route directe donc nous nous étions écartés. Par contre, j'ai préféré détangonner à 4h du matin, le vent étant à la hausse. Manoeuvre délicate de nuit avec Turca, au moment du changement de quart. Bon vent et belle vitesse dans la journée.
L'après-midi, je prends ma deuxième "douche" à l'arrière du cockpit : seau d'eau de mer (27°C) renversé sur la tête, suivi du savonnage (savon bio), et rinçage à l'eau douce de la douchette...
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10/12. 137 milles de plus. Grains en matinée, rafales jusqu'à 32 noeuds: il faut être prêt à réduire rapidement, et pour nous, il suffit de rouler un peu le génois (ce serait plus difficile si nous étions grand-voile haute). Ces grains arrivent par l'arrière, c'est cette direction qu'il faut surveiller. Ils s'éloignent ensuite par l'avant, inoffensifs pour nous.
Aujourd'hui, nous voyons les premières sargasses : algues jaunes, provenant de fleuves sud-américains.
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11/12. 153 milles depuis hier! Ce sera notre record. Vent de force 6 à 7 . Notre vitesse atteint 7 noeuds. La houle est bien formée, et les vagues déferlent régulièrement sur notre arrière.
Ceci a occasionné un incident spectaculaire cette nuit, vers 1h du matin, pendant le quart de Marion. Sous une rafale à 40 noeuds (grain), une déferlante brutale a fait pivoter le bateau. Le pilote a perdu le cap, et s'est mis en alarme. Marion l'a réarmé, mais sans pouvoir rectifier le cap, et le bateau est parti plein sud, comme un cheval fou! Monté en t-shirt sous une pluie battante, j'ai pu enfin régler le cap, ouf!
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12/12. 140 milles de plus. Génois réduit, toujours de bonnes conditions, et une bonne vitesse. Pendant mon quart, à 4h, j'ai dû affaler en urgence le gennaker, qui commençait à se dérouler, et à battre au vent. Manoeuvre à l'étrave et sur la plage avant, faite prudemment en crochant la sangle de mon harnais.
Nouveau changement d'heure ce matin , pour passer d'UTC -2 à UTC -3.
Un peu après 9h, nouvel appel vers Catherine, par l'Iridium.
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13/12. Nous nous sommes rapprochés du but de 131 milles, tout en nous écartant de la route directe vers le sud, car nous sommes depuis 2 jours babord amures. Empannage vers 10h.
Je constate que le bas-hauban avant-tribord s'est détoronné, et est à la limite de la rupture! Après examen des 10 autres câbles du haubannage (intacts), je décide que notre aptitude à la voile n'est pas compromise, puisque le gréement est modérement sollicité dans les conditions que nous rencontrons.
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14/12. Nous nous sommes rapprochés encore de 124 milles, et Le Marin n'est plus qu'à 316 milles.
Les deux dernières nuit ont été agréables et confortables : pas de grains pendant les veilles, navigation rapide et en douceur de vague en vague, avec peu de mouvements de gite, et pas de chocs sur les paquets de mer. En bas, le silence de notre marche nous a permis de dormir paisiblement, en profitant à fond des temps de repos.
Empannage à 7h45 le matin, nouvel empannage à 17h45: nous poursuivons notre route en zig-zag.
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15/12. 114 milles de plus aujourd'hui, et Le Marin est à 202 milles.
Nous appelons Catherine sur l'Iridium, une dernière fois, peu après 8h (il faut tenir compte du décalage de 4 heures). Nous pouvons maintenant lui donner une date d'arrivée probable : au plus tard, après-demain (mercredi 17) au port, le matin (en fait, nous serons au mouillage dès la veille au soir).
Vent faiblissant aujourd'hui: nous démarrons le moteur pour naviguer sous voile et moteur. Nous pouvons le stopper vers 17h, car le vent a repris.
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16/12. 133 milles de plus, il nous reste 69 milles pour atteindre Le Marin. Encore quelques grains pendant la nuit. Dès la matinée, le vent baisse: nous naviguerons sous voile et moteur, toute la journée.
La Martinique apparait à l'horizon, sous un gros nuage noir... En fin d'après-midi, nos téléphones captent le réseau, et affichent l'heure locale (UTC -4). Echanges de messages émus avec nos proches...
A 18h, nous doublons l'ilet Cabrits au sud de l'île. A 19h, nous mouillons, de nuit, devant Sante-Anne.
Bilans: traversée en 15 jours et 13h (373h, dont 350h de progression à la voile, 23h de progression au moteur).
Autonomie en eau: moins de 200 L d'eau du réservoir consommés (pour vaisselle, cuisine, toilette), soit environ 12 L par jour, ce qui est très peu. Le robinet à eau de mer a été très utile pour la vaisselle, et j'ai moi-même usé en partie d'eau de mer pour mes douches, trouvant cela plus simple que l'utilisation de notre cabinet de toilette.
Autonomie en électricité: surtout assurée par les panneaux solaires. A 9 reprises, j'ai complété la charge en faisant tourner le moteur à bas régime , pour un total de 14h.
Dès que notre mouillage est assuré à Sainte-Anne, nous éprouvons un sentiment de grande satisfaction d'avoir réussi cette belle traversée.
Moment de détente, et pour fêter l'évènement, nous nous offrons un apéritif (après un bain éclair pour moi, premier bain de mer et premier apéritif depuis 15 jours).
Nuit de sommeil parfaite sur l'immobilité du plan d'eau...
Le lendemain, 17 décembre vers 11h, nous nous présentons à l'entrée de la marina, juste 2 milles au nord du mouillage. Délai d'attente...
A midi, nous sommes amarrés au ponton, pour 2 jours, après lesquels nous déplacerons le bateau pour l'installer sur une bouée gérée par le port. Il attendra là jusqu'en février prochain notre retour pour la prochaine saison de navigation.
Dans l'immédiat, une fois le bateau rangé, nous nous précipitons à terre, pour un ti'punch et un repas d'accras et de poisson local!
Pour ma part, j'aurai ensuite des formalités à accomplir, et des contacts à prendre pour préparer la suite, ce qui m'occupera bien dans les 2 jours qui viennent.
Le 19 décembre au soir, vol retour vers la métropole pour passer les fêtes en famille...