Quitter la Grèce. Chypre 

Commentaires sur la carte:

Kastellorizo représente le territoire le plus oriental de la Grèce. C'est un confetti de seulement 5 km de longueur, à 150 km de l'île grecque la plus proche (Rhodes), mais à moins de 3 km des côtes turques. On peut imaginer que du fait de cette situation, Kastellorizo est un "poil à gratter" grec pour les Turcs. Ceci est apparu nettement lors de la crise des années 2020-2021, lorsque les autorités turques ont dénié aux Grecs l'usage de la zone économique maritime entourant l'île, avec des démonstrations de force navales à l'appui.

Chypre (Cyprus en anglais) est également une zone de fortes tensions. L'île est divisée de fait, depuis la guerre de 1974, en deux pays séparés par la "Ligne verte" garantie par l'ONU . La République de Chypre, reconnue par l'ONU, et membre de l'Union Européenne, ne contrôle que le sud. Le nord, autoproclamé "République Turque de Chypre du Nord", s'appuie sur le soutien de la Turquie.

On peut ajouter au sujet de Chypre que 2 immenses bases militaires anglaises, vestiges de l'ancienne colonisation (Chypre a obtenu son indépendance en 1960), occupent des portions notables du territoire, autour de Dhekelia, et du Cap Gata.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 Août : Kyriakos le voilier a tenu parole, et m'a rapporté le gennaker réparé à 10 h ce matin. Nous quittons le port vers 11h30, à destination de Lindos, sur la côte est de l'île de Rhodes.

Un vent modéré de sud-est nous fournit l'occasion de tester la nouvelle voile réparée. Essai concluant, puisque nous parvenons à naviguer à 4 nœuds, dans seulement 6 nœuds de vent. Le vent forcit un peu, et nous approchons rapidement de la baie de Lindos, où nous mouillons vers 16h30, sous l'acropole antique.

 

Nous resterons là 2 nuits, pour profiter pleinement du site magnifique, et pour nous préparer à la suite du voyage: ce sera d'abord, une traversée jusqu'à la dernière île, la plus orientale, de la Grèce, Kastellorizo ; ensuite, une deuxième traversée jusqu'à Chypre, que je prévois d'atteindre par sa pointe la plus proche, le Cap Arnauti, derrière lequel nous pourrons nous abriter. Les vents dominants doivent être d'ouest, probablement modérés, si bien que le gennaker devrait nous être très utile.

 

Visite à l'acropole de Lindos, qui offre des vues magnifiques sur la côte, même si par ailleurs les vestiges historiques (antiques et médiévaux) du site sont décevants (et cher payés...). Par contre, on ne se lasse pas de parcourir le labyrinthe des ruelles de la vieille ville, et les fresques de l'église de la Panagia sont intéressantes. De retour à bord, et alors que le soir tombe, nous avons la surprise d'observer dans la baie un phoque moine, qui évolue paisiblement...

 

Lindos

 

31 Août : Nous nous déplaçons jusqu'au mouillage immédiatement au nord de Lindos, dans Ormos Vlycha, moins pittoresque, mais beaucoup plus tranquille. 

 

01 Septembre : à 2h du matin nous quittons le mouillage. Départ très tôt donc, car l'étape jusqu'à Kastellorizo représente 75 milles environ, et on peut donc tabler sur une quinzaine d'heures de navigation. Le vent de terre nous éloigne rapidement de l'île, sous grand-voile et gennaker, avant d'atteindre des zones de calme, que nous traversons au moteur. Au lever du jour, nous repassons à la voile, sous gennaker toute la matinée. Calmes à nouveau en fin de journée. Nous nous amarrons au magnifique port de Kastellorizo à 17h15.

 

 

Promenades en corniche, et bains dans des eaux limpides, spectacles des tortues maraudant autour des bateaux de pêche, et dégustation des huitres locales, de forme ronde particulière, et agrémentées d'un corail orangé... Le 02 Septembre, la veille de notre départ, je m'acquitte des formalités de sortie de Grèce,... et nous fêtons l'anniversaire de Catherine!

 

Kastellorizo

 

 

Une belle traversée

 

03 Septembre : en milieu de matinée, nous sortons du port et partons pour une traversée de 150 milles.

Dès que nous quittons l'abri de la côte, en début d'après-midi, nous sommes pris dans un flux d'ouest modéré, force 3 à 4, et filons au portant, sous grand-voile et gennaker. Belle navigation tout l'après-midi, nous passons au génois à la tombée de la nuit, alors que le vent forcit un peu. Sous cette allure, les quarts de repos permettent de dormir sans problème, et la nuit se passe facilement. 

 

A midi le lendemain, toujours sous génois, nous doublons le Cap Arnauti, pointe nord-ouest de l'île de Chypre. A 12h30, nous sommes mouillés sous la pointe de Fontana Amorosa.

 

L'endroit a été rebaptisé "Blue Lagoon", dénomination commerciale des professionnels du coin. Sur leurs bateaux, ils amènent ici des touristes pour quelques heures dans la journée. Le soir, à 20h, tout le monde est rentré au port, et nous nous retrouvons seuls, pour une soirée et une nuit parfaitement paisibles.

 

05 Septembre : navigation au moteur, jusqu'à Paphos, port d'entrée à Chypre, où nous ferons toutes les formalités de police et de douane.

Trois bateaux si différents

 

Nous nous amarrons en long sur un ponton d'accueil, derrière la vedette des garde-côte, et un bateau de pêche en bois. Sur ce dernier, il règne un désordre étrange. Un examen plus attentif permet de voir son nom en arabe, et un dessin de cèdre à la proue : c'est un bateau libanais, qui a été très probablement arraisonné dans les eaux chypriotes, chargé de migrants. Le garde-corps arraché, les bouées de plastique utilisées comme engins de sauvetage, les couvertures accrochées en hauteur pour se protéger du soleil, tout exprime le désarroi, la précarité, et le danger...

 

Devon sous le soleil

 

En dépit de cette vision attristante, le petit port est sympathique (bien qu'il n'offre que très peu de place pour les bateaux visiteurs). La ville de Paphos est une cité balnéaire agréable, encore très marquée par l'ancienne présence anglaise, car on croise beaucoup de britanniques dans les rues.

Nous profitons de la "plage municipale": pas un grain de sable, mais un bord de mer parfaitement aménagé sur les rochers, avec jetées en béton, escaliers, et échelles de bain. L'équipement comprend également des cabines de bains, et des douches, bien sûr. L'ambiance détendue et les vocables échangés pourraient donner l'illusion d'une station du Devon, mais heureusement le climat et la température de l'eau ne sont pas les mêmes !

 

 

Le soleil est toujours écrasant quand nous partons visiter le lendemain de notre arrivée, les "Tombeaux des Rois", série de tombes souterraines creusées à même le roc, et le site antique gréco-romain, remarquable par la qualité et le nombre des mosaïques que l'on peut y admirer.

 

Paphos

 

07 Septembre : Navigation le long de la côte sud de Chypre. Nous mouillons le soir à l'abri de la péninsule d'Akrotiri, devant la plage de Lady's Mile. 

 

Le Navtex, arme de propagande

 

Avant d'éteindre les appareils, je vérifie comme d'habitude les messages reçus sur le Navtex, et je découvre celui-ci, émis le jour même par la station turque d'Antalya :

 "La "Chypre" mentionnée dans l'avertissement n° MA 87-811/22 émis par Larnaca n'est pas l'état partenaire original établi en 1960. Par conséquent la Turquie déclare que le terme de "Chypre" ni ne suppose aucune forme de reconnaissance de l'administration chypriote grecque, ni n'affecte les droits et les obligations de la Turquie émanant du traité de garantie et du traité d'établissement de 1960. Les efforts pour légitimer les revendications illégales de l'administration chypriote grecque à travers les avertissements aux marins de Larnaca sont nuls et n'ont pas été ni ne seront acceptés par la Turquie. Les messages Navtex de la radio turque d'Antalya au sujet de la recherche scientifique sur le plateau continental turc sont valides et la station Navtex d'Antalya continuera à diffuser des messages Navtex pour la sécurité des marins."

Une fois encore, le réseau Navtex, conçu pour diffuser les messages de sécurité d'aide à la navigation, est utilisé pour défendre des revendications géopolitiques, en l’occurrence sur Chypre, et sur le domaine maritime que se partagent Grecs et Turcs. Quant aux "recherches scientifiques", il s'agit en fait de prospection pétrolière...

 

Ligne verte

 

08 Septembre : longue navigation au moteur pour atteindre Larnaca. Faute de place dans le port, nous nous amarrons dans l'avant-port, sur ancre, et cul à quai.

Nous resterons quelques jours ici, ce qui nous permettra de visiter l'intérieur de l'île. Dès le lendemain, nous louons donc une voiture (conduite à gauche , tradition britannique oblige...), et partons pour Nicosie. La capitale est coupée en deux par la "ligne verte" (zone démilitarisée instaurée par l'ONU en 1974), que nous traversons à pied à Ledra Street Checkpoint. Le côté turc, au nord, est pratiquement resté en l'état depuis la guerre de 1974, et contraste fortement avec le développement effréné de la partie "grecque" au sud. Nous prenons un bus pour rejoindre en zone turque le port de Kyrénia. Là aussi, impression que rien n'a bougé depuis longtemps... Retour le soir jusqu'au même checkpoint, et de là en zone sud.

Le lendemain, départ pour la montagne chypriote, qui culmine à près de 2000 m, dans le massif du Troodos.

 

Chypre

 

Vers l'Egypte  

12 Septembre : les derniers préparatifs ont été bouclés hier : nettoyage d'un winch, dont le fonctionnement devenait défectueux, plein de gaz, changement de carte électronique du traceur, car nous allons aborder maintenant une nouvelle zone de navigation.

J'ai accompli également les formalités de sortie, auprès de l'officier de police (qui m'a mis en garde contre la mauvaise qualité de l'eau en Egypte!)...Et enfin, nous n'avons pas oublié, Catherine et moi,  de souscrire un abonnement téléphonique hors zone Europe.

Ce matin, après le plein de carburant, nous quittons Larnaca très tôt pour faire route vers l'ouest, afin de rejoindre le mouillage de Lady's Mile, que nous connaissons déjà. Vent faible et moteur tout d'abord, puis, quand le vent se lève du sud-ouest, nous terminons l'étape au près.

 

Routage par logiciel

 

A partir de ce mouillage, dans la baie de Limassol, je prévois de faire la traversée vers Port-Saïd, en Egypte. La distance est de 205 milles, et je valide mes hypothèses en m'aidant d'un routage sur le logiciel qtVlm (gratuit).

Le résultat du calcul est une traversée prévue en 35 heures, pour un départ du mouillage à 3h UTC (6h en temps local). Ceci nous permettrait, après une seule nuit en mer, d'arriver à Port-Saïd de jour, dans l'après-midi. J'espère même un voyage un peu plus rapide, car, par expérience, je sais que le modèle américain GFS (Global Forecast System) que j'ai utilisé, sous-évalue les vents modérés que nous devrions rencontrer...

 

J'ai également pris mes dispositions pour préparer notre arrivée à Port-Saîd : j'ai pris contact avec l'agence Félix, qui fera les formalités pour nous auprès des autorités, et je leur ai transmis les documents demandés (ship registration, crew list, passports details).

 

Belle traversée, le réel dépasse le virtuel

 

13 Septembre: nous levons l'ancre alors que le ciel blanchit à l'est, et sortons du mouillage comme prévu, à 6h locales. Après avoir traversé les calmes proches de l'île, cap au sud, nous pouvons dès 8h partir sous grand-voile et génois, au près, dans un vent  de sud-ouest, force 3 à 4 .

Au cours de la journée, le vent vire progressivement au bon plein, puis au travers. Le bateau marche bien, entre 6 et 7 nœuds, à la grande satisfaction de l'équipage, malgré un certain inconfort dû à la houle latérale...

 

Il nous faut réduire un peu la voilure au crépuscule, le vent ayant tendance à forcir, et poursuivons toute la nuit à bonne allure, en nous relayant bien sûr pour les quarts. Aucun changement quand le jour se lève, petit déjeuner au soleil, mais dans un vent encore froid... Un moment de distraction en apercevant une tortue ... Peu après notre repas, les premières plateformes pétrolières annoncent la proximité de la côte.  

 

A l'approche du brise-lame qui protège l'entrée du port, nous affalons les voiles, et passons au moteur. Le contact est établi par VHF avec le "Port Control", et peu après, on nous indique le chenal à prendre (chenal en travers duquel les bateaux de pêche ne se gênent pas pour tirer leurs filets!).

Une pilotine fonce sur nous, nous accoste après une belle courbe, et le pilote monte à bord! Quelques échanges en anglais, et nous suivons ses indications pour accéder à la "marina" du Yacht Club de Port-Fouad. A 14h, le 14 Septembre, nous sommes amarrés, et accueillis par la Police, la Douane, et l'agent de chez Félix.

La traversée ne nous a donc pas pris plus de 32h (un peu moins que la prévision du routage), avec seulement 3h de moteur, bilan idéal pour l'équipage d'un voilier !

 

Bienvenue au Yacht Club

 

Les formalités pour notre entrée en Egypte vont s'étaler sur un jour et demi... Mais dès le premier soir, nos visas ayant été établis et tamponnés, nous avons la possibilité de sortir du "Yacht Club", pour visiter la ville et faire des courses.

 

A propos du "Yacht Club", agrémenté d'un joli jardin fleuri, et dont les tables sont utilisées pour des pique-niques, il faut quand même préciser qu'il n'offre à l'amarrage qu'un recoin de jetée en béton, avec des équipements rouillés et hors d'usage : pas d'électricité, pas d'eau, les bites d'amarrage sont en cours de remplacement au moment de notre passage. Les sanitaires sont réduits au minimum décent, et limités à la partie "hommes" ! Si bien que Catherine devra les utiliser avec un garde devant la porte !

 

Quant à la ville, elle juxtapose, dans un kaléidoscope étonnant, des maisons de style colonial datant de la grande époque du Canal anglo-français, des constructions pas si vieilles et pourtant déjà en ruine, des terrains vagues malpropres jonchés de gravats, et des immeubles et commerces qui semblent (presque) flambants neufs ! 

 

Calculs de jauge

 

Je m'attends à la visite des agents du "measurement", chargés de prendre les mesures du bateau pour déterminer sa jauge en tonneaux. La jauge est la capacité de transport d'un navire (1 tonneau = 2,8 m3), et sa valeur constitue la base de calcul des taxes  à payer pour la traversée du canal. Sur ce plan-là, nous sommes traités comme un cargo ou un pétrolier !

En fait, notre taxe sera établie sans aucune mesure (peut-être existe-t-il une banque de données fournissant déjà le résultat), et un agent de chez Félix m'invite à le suivre jusqu'au siège de l'Agence, pour payer ce que je dois, et rencontrer le grand patron, Moksen Latif.

Je commence ici ma rubrique "Egypte, ennuis et enquiquinements".😀 Saison1

 

Le taxi nous dépose devant un immeuble "de standing". Moquettes épaisses dans le hall, ascenseur...Les locaux de l'agence, rutilants, sont peuplés d'une foule de secrétaires très actives, toutes vêtues du foulard cachant leurs cheveux.

Je suis reçu par Moksen, petit homme sec, moustache carrée, élocution précise. Il m'accueille cordialement, et commande pour moi un café, puis m'annonce les mauvaises nouvelles : d'abord, la note à payer, plus lourde que prévu. Aux frais liés au canal, s'ajoutent des taxes d'entrée et de sortie du port de Port-Saïd, et surtout des taxes gouvernementales. Le tout dépasse 1000 dollars. Ces taxes, fixées par le gouvernement, ont été beaucoup augmentées tout récemment, ce que déplore Moksen ;

ensuite, il m'avertit que j'aurai à payer ces taxes dans tous les ports que je vais toucher par la suite. A Hurghada, qui est ma première destination, elles sont très élevées, plus de 1500 dollars ! Il me conseille donc d'éviter Hurghada, et d'aller plus au sud à Port Ghalib, qui est moins cher.

Je lui explique que je dois faire de nombreux changements d'équipage à Hurghada (et entre autres accueillir ma fille Marion), et que je ne peux donc pas éviter ce port. Il en prend note, mais parait désolé, et me donne à toutes fins utiles les contacts des agents Félix sur ma route.

Tout cela m'inquiète évidemment pour la suite, et le cadeau (très kitsch) qu'il m'offre pour Marion (!) au moment de nous séparer est une bien maigre consolation...

Port-Saïd