
09 Mai : Evelyne nous a quitté hier, et nous appareillons ce matin.
Pour les prochains jours, le but de notre navigation est d'atteindre l'est de la Crète, en passant par les îles de Karpathos et Kasos.
Après avoir quitté le port, nous doublons la pointe nord de l’île de Rhodes, puis mettons le cap au sud-ouest, vers l’ile de Chalki.
Nous mouillons dans l'après-midi à Ormos Potamos, et après avoir débarqué, nous marchons jusqu'à la petite ville toute proche. Nous déambulons dans les ruelles endormies, et rentrons en faisant un détour par le petit cimetière qui surplombe notre mouillage.



Pour la bonne bouche
10 Mai : Nous naviguerons aujourd'hui vers l'extrémité nord de l'île de Karpathos, à 35 milles environ. Départ par calme plat, en longeant la côte sud de Chalki, aride et déserte. La matinée est bien avancée quand le vent d'ouest se lève, et nous permet de hisser les voiles, pour partir au près.
Nous nous présentons vers 15h à l'entrée du mouillage que j'ai choisi pour passer la nuit : Ormos Tristomo. L'étymologie du nom indique une baie "à 3 bouches", et effectivement, l'entrée est barrée par deux petits ilots plats, qui laissent 3 passages.
Les 2 premiers étant peu profonds et semés de roches, seul le passage sud est sûr pour nous, malgré son aspect impressionnant, car il nous faut d'abord viser la falaise pour entrer dans la passe, avant de virer vivement à bâbord pour finir de la traverser.


Un village si tranquille
Nous découvrons alors la baie, toute en longueur, entourée de collines rocheuses, et nous avançons vers son fond. Là, se trouve un hameau d'une douzaine de maisons, abandonné semble-t-il.
Les 5 personnes que nous apercevons sur une terrasse sont des randonneurs, qui ne tarderont pas à s'éloigner (il faut plus de 10 km de sentiers et de pistes pour rejoindre Diafani,le premier petit port habité). Nous mouillons devant ce hameau, par 4 mètres de fond.
Nous descendons à terre, pour explorer le hameau et ses environs, et nous partons sur un chemin escarpé, serpentant entre les murets de pierres sèches, et les parcelles d'oliviers, livrés maintenant à eux-mêmes.
Très beaux points de vue, sur la baie, et sur la côte est. J'en profite pour reconnaitre le détroit que nous franchirons demain, entre Karpathos et la petite île Saria voisine.

Rencontre inattendue et veillée d'armes...
Nous sommes rentrés au bateau depuis un moment, avons fini notre repas, quand, à la nuit tombante, je vois entrer dans le mouillage et venir vers nous un petit voilier, pas plus de 8 m. Il arbore un pavillon français !
Il se rapproche de nous , et son skipper, seul à bord, semble-t-il, m'interpelle : il veut savoir s'il est possible de s'amarrer devant les maisons. Je le lui déconseille, car les fonds sont encombrés et peu sûrs. Il part donc mouiller un peu plus loin...
Un peu plus tard, Louis (c'est son prénom) vient nous rejoindre sur son paddle, avec, annonce-t-il, "des bières dans son sac à dos".
Nous l'accueillons à bord, et, autour de bières et fruits secs,entamons une discussion de marins : appréciations sur nos bateaux, routes suivies, et satisfactions ou déconvenues de la journée (il a manqué aujourd'hui une belle bonite, qui a emporté son bas de ligne, et son épuisette!)
Mais Louis veut aussi parler de l'étape du lendemain, et confronter ses informations avec les miennes. La météo annonce un renforcement progressif du vent de nord-ouest, qui sera suivi d'un coup de vent de 2 ou 3 jours. Nous irons donc nous abriter sur la côte est, nous dans Ormos Amorphos, et Louis un peu plus au sud.
agrandir la carte dans un nouvel onglet en cliquant


Avant cela , il faudra quitter notre mouillage actuel, et franchir le détroit au nord de l'île. Pour sortir du mouillage, il vaudra mieux le faire tôt, avant que que le vent de nord-ouest annoncé ne soulève de trop fortes vagues dans la passe.
Quant au détroit au nord de l'ile, ce passage est soumis aux rafales et au courant, et les profondeurs y sont faibles. Nous examinons ensemble la carte détaillée sur notre traceur (Louis n'a pas de traceur sur son bateau), et aussi la photo que nous avons prise lors de notre reconnaissance, Catherine et moi.
Il semble qu'il faille, pour avoir des profondeurs acceptables (environ 3 m), frôler un rocher isolé au milieu du détroit, et c'est donc ce que j'ai l'intention de faire, en prenant bien sûr la précaution de relever un peu la dérive.Louis décide qu'il nous suivra, et nous fixons l'heure du départ demain à 7h.
11 Mai : Nous levons l'ancre à l'heure dite, et nous apercevons Louis qui s'affaire également sur son bateau. Il nous fait signe lorsque nous approchons, et vient se placer à notre hauteur, pour échanger quelques mots. Il avoue n'avoir pas très bien dormi...
Navigation de conserve
Nous terminons notre discussion en décidant de rester en contact par VHF, et Louis se laisse glisser dans notre sillage. Le ciel est gris et bouché.
Nous sommes secoués par un peu de ressac à la sortie du mouillage, rien de bien grave. Louis, sur son bateau bien plus court que le notre, subit plus fortement le tanguage, et danse derrière nous...
Vingt minutes plus tard, nous sommes en vue du détroit, avec un vent portant, et un courant favorable.

La roche que nous avions repérée s'approche vite, tandis que je m'efforce de maintenir mon cap (le 130 recommandé par la carte),et nous la laissons sans encombre sur notre tribord.
Le bateau de Louis étant à quille fixe (avec heureusement un tirant d'eau de seulement 1,60 m), la prudence lui impose de rester dans notre sillage, sur la ligne que nous avons reconnue. Il nous suit donc, finalement sans problème, et nous échangeons quelques mots de soulagement.
Bientôt, nous pouvons dérouler nos génois, et partir de conserve vers le sud...
Navigation au portant toute la matinée, dans des rafales très variables en force et en direction, car nous sommes sous le vent de l'île.


Coup de vent au mouillage, sécurité et aléas
Peu avant 13h, nous mouillons devant la plage d'Amopi , dans Ormos Omorphos. Fond de sable, 5 m d'eau. Nous déroulons 50 m de chaine, en prévision du coup de vent à venir. Descente à terre, marche jusqu'à la ville...
Au retour, nous prenons contact avec un loueur de voitures, et réservons pour le surlendemain.
Le jour dit, nous nous apprétons à débarquer, après avoir passé à bord 36 heures dans les rafales (jusqu'à 30 nœuds, le mouillage a bien tenu), quand je m'aperçois que l'annexe, qui était amarrée à la poupe, s'est retournée pendant la nuit, et que les rames ont été emportées. Je m'en veux de ma négligence, mais il est trop tard !...
Heureusement, le loueur nous trouve 2 rames d'occasion, qu'il nous offre gracieusement !
Bons auspices pour commencer notre visite de l'île en voiture, et découvrir ses sites magnifiques

Tristomo
Karpathos
Loin des sentiers battus
15 Mai : Nous quittons notre mouillage peu avant 9 h, mettons cap au 197. Il nous faut atteindre la pointe sud de Karpathos pour trouver du vent de nord-ouest, et commencer à remonter au près. Après plusieurs virements, nous pouvons doubler par le nord l'île de Kasos. Le vent tombe et passe à l'ouest, si bien que nous finissons au moteur. Amarrage au petit port de Fri, chef-lieu de l'île, en tout début d'après-midi.
Peu de bateaux sur la jetée à laquelle nous nous amarrons : un voilier sous pavillon polonais (avec à bord 2 Irlandais), un catamaran, et le petit ferry qui assure la liaison avec Karpathos, et qui n'est qu'un simple motor-yacht reconverti dans le transport de passagers...
A l'arrivée du "ferry", un couple d'anglais est venu attendre un ami ; nous serons en tout et pour tout 9 voyageurs ce soir à Fri ! Kasos reste en effet très à l'écart des routes commerciales et touristiques, et nous en avons immédiatement la confirmation en circulant dans les ruelles endormies...
L'île garde aussi le souvenir dramatique de l'holocauste du 07 Juin 1824, quand, en représailles de son soulèvement pour l'indépendance, 7000 de ses habitants furent massacrés par les troupes égyptiennes, sur ordre de Mehmet Ali, gouverneur ottoman de l’Égypte.
Nous terminons notre promenade par un arrêt au café de Sofia, qui surplombe le vieux port de pêche. Sous le regard d'Agios Spyridon, bière fraiche, et ambiance locale garanties !

Au port de Fri, à Kasos


2 bouteilles à l'arrivée
16 Mai : Nous entamons dès 07 h notre traversée vers la Crète. Dès que nous quittons l'abri de Kasos, un vent de sud-sud-est s'établit, force 3 à 4. Ces conditions favorables (puisque nous faisons route presque plein ouest) vont se maintenir jusqu'en début d'après-midi, à l'approche de la grande île.
Lorsque nous doublons le cap d'Ak Sidheros, le vent tombe, et il nous faut compter sur notre seul moteur. Arrivée vers 16 h à Sitia, où nous nous amarrons le long du quai d'accueil.
Le port et la ville, sous la citadelle vénitienne, sont sympathiques, et plus encore l'accueil de l’employée de la municipalité qui établit notre facture, très modique, de 17 € pour 2 nuits : elle nous offre, comme cadeau de bienvenue en Crète, une petite bouteille d'huile d'olive, une autre de raki, une carte et un guide sur la géologie de la région !
Du 18 Mai au 04 Juin : Cabotage sans histoire le long de la côte nord de la Crète, d'est en ouest. Lorsque le vent est suffisant, navigation au près, le plus souvent, sauf lors de la dernière étape, à l'approche de la pointe ouest, où nous bénéficions d'un vent portant. Après Sitia, nous nous arrêtons successivement à :
Agios Nikolaos (marina). Le vieux port, dans un cratère enchâssé dans la ville, est remarquable.
Spinalonga : mouillage à 1 mille au sud de l'île, située à l'entrée de la magnifique lagune. L'annexe, en filant au planning, nous permet d'atteindre l'île en à peine plus de 5 minutes. Visite émouvante de cette ancienne forteresse vénitienne et ottomane, transformée au début du vingtième siècle en léproserie, où l'on a enfermé des malades jusqu'en 1957.
Dhia (ou Dia) : mouillage très sauvage sur cette île au large d'Héraklion.
Rethymnon (port). La vieille ville, sous la citadelle vénitienne, est toujours aussi intéressante. Nous y restons 5 jours, et louons une voiture.
Découverte d'un village de montagne (Anogia), ascension du Mont Ida, le point culminant de l'île (2457 m), et visite de plusieurs monastères de la région, jusqu'à la côte sud près de Matala.
Ormos Marathi : mouillage dans cette baie abritée, mais moins sauvage que par le passé (chantiers de construction), près de la base de l'OTAN de Souda.
Khania (ou Ghania, La Canée) : amarrage sur ancre dans le vieux port vénitien, très animé, en ce début de saison touristique. Le bateau restera là 6 jours, et nous en profitons pour repartir vers l'intérieur en voiture. Nous avons loué un 4/4, pour affronter les petites routes et les pistes conduisant au canyon d'Aradena, et aux extraordinaires Montagnes Blanches : paysages lunaires sur ces sommets qui culminent à 2453 m, végétation rare, et très particulière. Une dernière journée nous permettra d'atteindre les plages roses d'Elafonissos.
Ormos Gramvoussa : mouillage sud, près de la plage de Balos. Une traversée en annexe nous permet de visiter l'île de Gramvoussa, et sa forteresse vénitienne, à 1 mille au nord.

La Crète, côte nord
Spinalonga
La transformation de l'île de Spinalonga en centre d'enfermement des lépreux a été révélée au grand public international grâce aux romans de Victoria Hislop. Pour une vision plus réaliste de ce drame du 20ième siècle, il est préférable de lire les mémoires d'Epaminondas Remoundakis ("Vies et morts d'un Crétois lépeux"), l'auteur ayant été lui-même interné à Spinalonga de 1936 à 1957. L'ouvrage décrit aussi les conditions de vie des Crétois à cette époque.
L'intérieur et la côte sud
Le monastère d'Arkadi conserve la mémoire du drame de 1866 : une forte armée turque vient à bout des rebelles crétois retranchés dans le monastère, et les survivants, combattants, femmes et enfants, se réfugient dans la poudrière, qu'ils préfèrent faire exploser, plutôt que se rendre.
Le monastère de Prévéli a également joué un rôle historique important, en mai 1941, après l'invasion allemande, en fournissant une aide décisive à l'évacuation des troupes anglaises et du Commonwealth (par des ports minuscules, comme celui de Chora Sfakion).
Dernier lieu marqué par l'histoire : Anogia, qui subit en 1944 les représailles de l'armée nazie (arrestation de 80 personnes, exécution de 9 hommes), suite à l'enlèvement d'un général allemand.
Canyon d'Aradéna, et Montagnes Blanches
Vidéos (passer en plein écran, retour par "echap")
Au mouillage à Karpathos
Vers les Montagnes Blanches
Gramvoussa
Au mouillage à Karpathos
Vers les Montagnes Blanches
Gramvoussa
Où l'on découvre une calanque, et une île déserte
le 05 Juin : nous quittons le mouillage de Gramvoussa très tôt, juste après 6h. Je prévois en effet une traversée assez longue vers le Péloponnèse, car l’étape envisagée initialement à Cythère ne sera pas possible: nous serions bloqués là, dans l'impossibilité de passer le cap Malée, vu les vents annoncés pour demain et après-demain. Je veux donc profiter des vents maniables d’aujourd’hui pour remonter plus au nord, jusque dans les parages de Monemvassia, ce qui représentera une course d'un peu plus de 70 milles.
Le vent s'établit en effet assez vite, nord-est, force 3 à 4, et nous pouvons progresser au près, cap au 335. Vers 15h malheureusement, il baisse, et, de plus, vire au nord, ce qui nous oblige de passer au moteur. La progression vers le fameux cap Malée est moins rapide maintenant,et nous ne le doublons que vers 17h.
Vers 20h30, à la tombée de la nuit, nous mouillons dans Ormos Palaîo, à 2 milles au nord de la presqu'île de Monemvassia, dont nous pouvons admirer la silhouette se découpant dans le crépuscule.
le 06 Juin : après une nuit reposante, et une matinée tranquille à l'abri du vent de nord, nous profitons l'après-midi du thermique côtier, soufflant du sud, ce qui nous permet de faire un saut de puce, jusqu'au superbe mouillage dans la calanque de Gerakas. Nous nous trouvons là à l'abri de tout, mer et vent, et le minuscule village semble assoupi dans une torpeur nonchalante... Visite des ruelles, jusqu'aux ruines qui les surplombent, et arrêt pour un verre à l'un des 2 cafés...
Du 07 au 11 Juin : remontée du Péloponnèse, par Léonidhion, l'île de Dokos (quasi déserte; une femme vit là dans une cabane, avec un troupeau de chèvres...), la baie de Poros (que nous connaissons bien maintenant, Epidaure (visite du petit théâtre, en bord de mer), jusqu'à Egine.
Le 12 Juin, mise à sec du bateau au chantier. Nettoyages, rangements, petites réparations... Retour en France le 17.

Péloponnèse, côte est