Lundi 16 février: nous atterrissons, Catherine et moi, à Fort-de-France, et un taxi nous amène au Marin, où nous passerons la nuit à terre, car il est trop tard pour rejoindre le bateau au mouillage. Notre logeuse sympathique nous parle des fêtes du Carnaval, qui viennent juste de commencer, et nous donne des renseignements utiles pour la suite de notre séjour.
Nous prenons contact avec la marina le lendemain, et un des employés nous embarque sur son zodiac, avec tous nos bagages, pour rejoindre Tahenkat. Je cherche le bateau des yeux, tandis que nous progressons sur la rade, avec une pointe d'inquiétude : pourvu qu'il ne soit rien arrivé de facheux...
Il est bien là, semblant nous attendre paisiblement.
Embarquement, tout va bien. L'annexe est toujours à poste, les amarres sur la bouée sont en parfait état.
Seul petit problème : j'avais oublié de laisser ouvert le frigo en quittant le navire, ce que nous payons maintenant par une corvée de nettoyage...
Gros travaux
Mais avant même de finir notre installation, je souhaite rejoindre au plus tôt les pontons, pour faire commencer dès aujourd'hui les réparations que j'ai programmées : il s'agit de remplacer bas-haubans, galhaubans, inters, et pataras, soit 8 câbles du gréement dormant (sur 11 au total, les 3 restants ayant déjà été remplacés lors de notre achat du bateau).


Je démarre donc le moteur, et après un moment de chauffe, nous quittons notre bouée, et venons nous amarrer au ponton de Caraïbes Marine. L'après-midi même, les gréeurs se mettent à l'ouvrage: mise en place de cordages pour assurer le mat, démontage du haubanage babord. Cela semble bien parti... Nous pouvons ranger nos bagages, et le ravitaillement apporté de métropole...
Mais désillusion dès le lendemain : les gréeurs m'annoncent qu'ils sont en rupture d'approvisionnement pour le câble inox de 10 mm, et qu'ils vont devoir arrêter le chantier...
Apparition d'un sorcier
Entre temps, nous voyons arriver, et s'amarrer à couple, le voilier Sangoma. Seul à bord, Eric (un anglais) nous explique qu'il a subi une rupture d'étai pendant la traversée de l'Atlantique. Il a alors dû monter au sommet du mat pour le sécuriser (heureusement, il avait alors avec lui une équipière, suisse). Il vient ici pour la réparation, mais devra patienter comme nous...
Nous l'invitons pour partager un verre le soir même, et il nous explique que le mot "Sangoma" désigne un guérisseur (traditionnel, mi-sorcier, mi-chaman) en Afrique du Sud, et le choix de ce nom répond à son histoire personnelle. Après un traumatisme personnel, il a vendu sa maison d'Afrique australe, pour acheter ce voilier, et sillonne depuis quelques années l'Atlantique, depuis Sainte-Hélène jusqu'à la Jamaïque et à l'Ecosse...

Nous disposons de quelques jours d'attente, et le week-end va arriver sans signe de reprise de travaux. Nous décidons donc de visiter l'ouest et le sud de la Martinique: presqu'île de la Caravelle, et Habitation Clément (une rhumerie) atteintes en voiture; villages de Sainte-Anne et de Sainte-Luce, en bus (carte).
Travaux toujours
Notre frigo choisit ce week-end pour rendre l'âme. Dès le lundi matin, je contacte un frigoriste de la marina (heureusement que la panne s'est produite ici). Diagnostic: fuite sur les raccords soudés à l'évaporateur, derrière la cuisinière. Il a en stock ce qu'il nous faut, et dès le soir, nous disposons d'un nouveau groupe (compresseur, raccords, évaporateur) : nous pourrons même dorévavant produire des glaçons...
Les câbles inox tant attendus arrivent enfin, le mardi : ils ont simplement été retardés par les festivités du Carnaval, qui laissent peu de place aux autres activités...
Rencontres de ponton
Entre-temps, notre ponton s'est encore peuplé: deux jeunes français, Thomas et Colombe, viennent d'embarquer à bord de Sangoma, en vue de sa prochaine croisière vers Panama; et un troisième voilier est arrivé, pour une réparation d'étai lui-aussi : c'est celui de José, martiniquais très sympathique.
Le mardi soir, sur notre invitation, tout ce monde se retrouve à bord de Tahenkat, à l'heure de l'apéritif. Colombe semble très interessée par notre OVNI, et visite longuement l'intérieur. Elle et son compagnon nous font le récit de leur ascension de la Montagne Pelée (sous une pluie battante, aucune visibilité...).
José, natif de la Martinique, nous a préparé des ti'punch dans les règles de l'art, et nous renseigne abondamment sur l'île ... La conversation en français est entrecoupée de discussions en anglais, à destination d'Eric, qui déguste son vin rouge.
En nous quittant, José nous donne rendez-vous à Fort-de -France, pour notre prochain passage.
Mercredi 25 février: Sangoma a appareillé très tôt ce matin.
Pour nous, les gréeurs terminent le travail, en vérifiant les tensions des nouveaux haubans.
Coque et coquilles
Après que j'ai payé la facture (conséquente...), nous quittons à notre tour le ponton, en début d'après-midi. Le très court trajet au moteur jusqu'au mouillage de Sainte-Anne me permet de constater un défaut de propulsion, dû probablement à l'encrassement de l'hélice: les coquilles accumulées provoquent un phénomène de cavitation.
A cause de notre retard, j'avais dû annuler le rendez-vous au chantier pour le carénage, et nous sommes toujours en attente d'un nouveau rendez-vous.
Finalement le chantier (Carénantilles, au Marin) m'appelle pour m'informer que la mise à sec sera possible le 02 mars. Il ne nous reste plus qu'à patienter dans ce mouillage (anse Caritan) très agréable.
Le jour dit, nous nous présentons au chantier. L'état de la carène est conforme à nos prévisions: concrétions, coquilles, arborescences diverses...
Nettoyage, antifouling, graissage de l'hélice,... tout cela ne nous prendra que 2 jours, pour une remise à l'eau le 04.





Le Marin
Presqu'île de la Caravelle, et Habitation Clément
Village de Sainte-Anne
Village de Sainte-Luce, et courses de yoles


Mercredi 04 mars : nous quittons le chantier en fin de matinée, traversons la rade encombrée de bateaux au mouillage, et déroulons sans tarder le génois. L'alizé est soutenu, et nous emmène au portant vers l'ouest, à bonne vitesse.
Anses aux tortues
Le rocher du Diamant se profile en point de mire devant nous, et bientôt, nous traversons le passage entre ce caillou et la côte.
Nous pouvons maintenant infléchir notre route vers le nord, et ne tardons pas à parvenir en vue d'Arlet. Exploration rapide des 2 Anses, avant de revenir nous installer dans la première des deux, la Petite Anse.
Mouillage sans problème sur du sable. En allant vérifier l'ancre et la chaine, je rencontre une magnifique tortue, qui semble elle-aussi inspecter notre ligne de mouillage. Je regrette de ne pas disposer de notre appareil photo sous-marin : il est hors d'usage depuis quelques jours, par suite d'un incident d'étanchéité.
Site splendide et pittoresque, ballade à terre. Malheureusement, la plage est interdite à la baignade pour cause de pollution. Le snorkeling sera remis à plus tard...
Le lendemain, nous nous déplaçons jusqu'à la Grande Anse voisine. Là, nous sommes moins heureux pour le mouillage: le fond est rocheux, et l'ancre ne tient que sur quelques aspérités. Cela ira pour nos conditions calmes, mais je ne m'y fierais pas en cas de coup de vent.

Vendredi 06 mars: Nous poursuivons notre navigation vers le nord, jusqu'à la rade de Fort-de-France, balayée par des rafales à plus de 25 noeuds. Nous approchons de l'entrée de la marina Pointe du Bout, où j'ai réservé une place.
De l'autre côté de la rade
Dès que nous avons franchi le chenal étroit de la marina, le vent tombe à moins de 6 noeuds, ce qui est à la fois surprenant, et rassurant, car l'exiguïté du bassin rendrait les manoeuvres hasardeuses en cas de vent notable.
Pour ce qui nous concerne, l'amarrage est sans problème. La marina et tout son quartier sont des créations récentes et artificielles, mais elle présente l'intérêt d'être reliée par un petit ferry à Fort-de-France, à moins de 15 minutes de l'autre côté de la rade.
Dès l'après-midi, et encore le lendemain, nous nous rendons dans la capitale de l'île: courses (achat d'un nouvel appareil photo étanche), visites diverses, cathédrale Saint-Louis, bibliothèque Schoelcher, fort Saint-Louis...
Et aussi, rendez-vous avec José: il nous accueille dans le petit "Yacht Club de la Martinique", dont il est depuis longtemps un membre actif. Il nous offre un repas (ti-punch et ti-nain de morue) dans le restaurant du Club, et c'est un moment de conversations très agréables.
Fort-de-France

08 mars: Courte étape encore, toujours vers le nord pour atteindre la rade de Saint-Pierre, où nous mouillons peu après midi sur une bouée que j'avais réservée. Ambiance paisible sur le plan d'eau bien abrité des alizés, devant la petite agglomération, surplombée par la Montagne Pelée dans son nuage.
La mort dans le nuage
On a du mal maintenant à imaginer la catastrophe qui a frappé cette ville, alors capitale économique et culturelle de l'île, en 1902.
A 07h52, le 08 mai de cette année, après plusieurs semaines de signes éruptifs qui auraient dû alerter les autorités, le sommet du volcan explose.
L'onde de choc, puis la nuée ardente qui descend les pentes, puis les chutes de blocs et de cendres tuent 30 000 personnes en quelques instants. La belle ville (c'était le "petit Paris des Antilles") est rasée, les navires sur rade tous incendiés et coulés...
A peine débarqués avec l'annexe, nous parcourons les rues de ce qui est maintenant un bourg endormi, jusqu'au Mémorial de la catastrophe : la visite est intéressante et émouvante.
Les jours suivants, nous visitons aussi, en voiture, la partie nord de l'île: jardins de Balata, Grand'Rivière, Anse Couleuvre et Anse de la Voile...
Saint-Pierre, passé et présent
Le centre et le nord de l'île

12 mars: étape de 35 milles prévue aujourd'hui, pour atteindre Roseau, la capitale de la Dominique.
La Dominique, une des Petites Antilles
La Dominique est l'île située entre la Martinique et la Guadeloupe. Elle constitue un état indépendant, comme plus de la moitié des Petites Antilles (carte), les autres îles étant des possessions françaises, britanniques, ou néerlandaises.
Les îles indépendantes, étant chacune un micro-état, ont eu au moins la bonne idée d'adopter une monnaie commune, le dollar caraïbes (ECD, Eastern Caribbean Dollar; en mars 2026, on peut calculer facilement le change sur la base de : 1 € = 3 ECD).
Concernant notre navigation, le passage sur chaque île impose de faire des formalités d'entrée, et de sortie. Pour ces formalités de "clearence", bonne idée là-aussi: un site internet commun (sailclear.com) permet de faire en ligne un préenregistrement, où toutes les données administratives sont indiquées, ce qui facilite beaucoup les choses une fois sur place.
Du confort des alizés
Ce 12 mars, nous appareillons depuis Saint-Pierre très tôt, vers 07 heures, cap au nord. Dès que nous quittons l'abri de la Martinique, le vent d'est-sud-est s'établit, force 4, puis assez vite force 5, par le travers, tribord amures.
Nous sommes sous GV à 2 ris, et génois réduit, mais cette allure, du travers au largue, très rapide nous permet d'atteindre régulièrement 7 noeuds. Etant bien appuyés sur nos voiles, nous progressons malgré tout dans des conditions très confortables.
Nous doublons Scott's Head, pointe sud de la Dominique, peu après midi, et trouvons une bouée de mouillage devant Roseau, à 13h.
La bouée est gérée par Marcus, un rasta local, qui ne tarde pas à venir nous voir. Nous lui devons 50 ECD, soit environ 16 euros, pour la fourniture de la bouée, le service d'amarrage (non utilisé), et l'accès à un ponton privé pour débarquer en annexe.
Après un repas rapide, nous débarquons, justement, et marchons jusqu'au centre ville, assez proche.
Formalités d'entrée, sans problème, au Custom's Office.

Champagne et ruines
Il nous faut aussi retirer des ECD en liquide, et réserver une voiture de location. L'agence de location est assez improbable: pas d'enseigne extèrieure, une porte métallique qui permet de descendre dans une cave qui a été auparavant une sorte de bar de nuit...
Nous avons ensuite le temps de faire un tour de ville. Ambiance curieuse, avec un mélange d'immeubles modernes soignés, de maisons créoles colorées, et de ruines incendiées ou écroulées, abandonnées... Et un grand quai d'accueil pour les navires de croisières, alignant de nombreuses échoppes de souvenirs...
Le lendemain le premier véhicule qu'on nous propose ne démarre pas, et c'est heureux, car il a les pneus lisses. On nous en trouve tout de suite un autre du même modèle (Toyota RAV4) en parfait état.
Nous partons vers la pointe sud de l'île : arrêt d'abord à Champagne Reef, où nous nageons palmes aux pied dans les bulles montant du fond; joli village de Soufrière ensuite, avec son église remarquable, et où nous faisons une pause repas pittoresque,dans un estanco en bord de plage; enfin nous filons jusqu'à Scott's Head, pour une nouvelle séance de snorkeling.
Petit PAYS
14 mars: Courte étape, toujours vers le nord pour atteindre la rade de Portsmouth, belle étape pour de nombreux voiliers qui se retrouvent là. Mouillage sur bouée devant la plage, avec l'aide d'un marinero. Lui et ses collègues sont regroupés au sein d'une association appelée PAYS (Portsmouth Association of Yacht Services).
L'association dispose d'un bureau sur la plage, qui offre ses services, notamment pour les formalités, ou le ramassage des ordures. Elle gère aussi le bar-restaurant, où elle organise chaque semaine une soirée barbecue-reggae, et nous nous inscrivons pour celle du lendemain. Soirée agréable, occasion d'échanger entre navigateurs, et de se méler un peu aux marineros rastas.
La petite ville de Portsmouth offre finalement tous les services dont nous avons besoin, ce qui ne parait pas évident lors de nos premières visites, dans ses rues de petites maison colorées. Au sud de la ville, l'Indian River invite à sa remontée en barque, ce que nous faisons avec un guide local.
Chez les Kalinagos
Nous trouvons aussi une voiture de location qui nous permettra d'atteindre la côte ouest. Je souhaite aller jusqu'au territoire des indiens Kalinagos, descendants des Amérindiens qui occupaient les îles avant l'arrivée des Européens.
Exterminés pour la plupart, il ne reste maintenant que cette petite population de 3000 habitants, regroupés depuis 1903 sur ce qu'on appelait d'abord une Réserve, et qui couvre 15 km²... Ils vivent surtout de maraichage, et ont construit un village témoin pour préserver leur culture.
Arrivés là-bas, nous faisons la connaissance de Aba, qui nous guide pour nous présenter les lieux, et semble très au fait des vertus médicinales de toutes les plantes que nous rencontrons.
Retour par le village de Kalibishie, tout au bord de l'océan, et par Batibou beach (2 noms d'origine kalinago).




Roseau, et le sud de l'île
Portsmouth, et le nord-ouest de l'île
Vidéos:
Images de Portsmouth
Vidéos:
Images de l'Indian River, et chute d'eau chez les Kalinagos